Antoine Pickels, dans ses différents avatars – auteur, plasticien, performeur, metteur en scène, curateur, éditeur, essayiste, enseignant – n’a cessé depuis le début de ses activités dans le secteur artistique de ramener des positions périphériques au centre, de placer au cœur de la réflexion les expressions de la marge. Marge sexuelle, de genre, « raciale » ou de classe, il s’agit toujours, par la création artistique, la réflexion, la transmission, l’activisme (et dans l’interrogation des rapports entre ces différents modes opératoires), de donner voix aux sans-voix. A travers des formes innovantes, car la répétition du même ne peut que conduire à la confirmation des mêmes dans leurs positions dominantes.
Performeur et plasticien dès les années 1980 – avec ou sans son « service traiteur d’art » Biscotte Garnie –, en galeries d’art, en musées ou dans des lieux exceptionnels, dans les réseaux du cinéma expérimental en Allemagne, à la Raffinerie du Plan K, ou encore avec le groupe de musique Tuxedomoon, ses performances incluent souvent du texte. Il rejoint très tôt le mouvement naissant de la danse contemporaine, collaborant comme œil extérieur, scénographe, éclairagiste, dramaturge ou metteur en scène associé à des créations chorégraphiques, en particulier celles de Thierry Smits, avec qui il collabore encore aujourd’hui : Eros délétère (1991), Corps(e) (1998), Reliefs d’un banquet (2004), Cocktails (2014) et WaW [We Are Woman] (2018).
Dans les années 1990, s’il laisse de côté le travail plastique, il va par contre s’investir plus avant dans l’écriture dramatique et souvent la mise en scène. Citons parmi ses textes pour la scène La Ressemblance involontaire (1992), Abel/Alexina ou le sexe de l’ange (1995), L’Ecran spectral (1997), Bruxelles, ville d’Afrique (2000), In Nomine (2004), Clinique d’un roi (2013), Né sur X. (2015), La Berma et moi (2019), textes qui lui valent d’être repris dans plusieurs anthologies et sont pour la plupart joués et/ou édités. Simultanément, il fait un parcours d’essayiste et de critique d’art, écrivant en particulier sur le spectacle vivant. Ses essais sont publiés en Belgique, en France, au Royaume-Uni, en Suède, en Chine, en Allemagne, en Suisse, en Pologne, en Autriche…
A partir des années 2000, le travail de curateur et d’éditeur qu’il effectue depuis son adolescence se formalise un peu, à travers les programmes souvent performanciels qu’il propose aux Halles de Schaerbeek, à la Bellone, à Bozar, dans les festivals Trouble (2005>2013, et à nouveau depuis 2019) ou SIGNAL (2012>2018), et à travers de nombreuses publications (Revue de l’Université de Bruxelles, Scènes, Révélations. Théâtre et danse en Belgique francophone, Writers on the Move, Klaxon…) dont il assure la direction ou la responsabilité d’édition. Dans ces activités, il intègre très vite des réseaux internationaux, fondant ou participant à de multiples projets culturels européens : Temps d’images, A Space For Live Art, British Twist, TEAM Network, s.p.a.c.e., In Situ, Time For Live Art, Performing Identity…
Enfin, ses pratiques ont induit une activité de transmission, qui l’a mené, depuis 1995, de la formation de cadres culturels à des ateliers pour adolescents en études techniques, des universités (ULB, Faculté N-D de la Paix à Namur, Université de Franche-Comté…) aux écoles d’art (La Cambre et l’Ecole supérieure des Arts du Cirque à Bruxelles en particulier), et à la formation continue pour professionnels de l’art (avec le Cifas, dont il a conçu les programmes de 2009 à 2018). Ses champs de recherche et de partage sont plus particulièrement la danse contemporaine, l’art performance, l’art vivant dans l’espace public, l’esthétique gay et les études de genres et sexualités.