D’après Marcel Proust et Jean Racine
Sur scène, une actrice – non, l’Actrice. Entre la scène et le public, un souffleur, spectateur lui-même, le Narrateur. Il y a un siècle… ou aujourd’hui. Quelque part entre deux chefs-d’œuvre de la littérature (ailleurs, autrefois, dans la fiction)… et notre présence commune : ici, maintenant, tels que nous sommes, réunis pour assister à un spectacle.
Qu’est-ce qu’aller au théâtre et assister à une représentation ? Qu’est-ce qui se passe dans notre tête de spectateur ? Que vit l’acteur face à nous ? Qui est le miroir de qui ? La Berma et moi parcourt ces questions en jonglant entre les époques et les genres, à partir de deux monuments littéraires, dont surgit surtout une joyeuse matière à (dé)jouer.
Sur scène, un homme et une femme explorent un monument de la littérature mondiale – la Recherche du temps perdu de Marcel Proust – et partagent ce qu’ils y trouvent qui a trait au théâtre. Lui, toujours extérieur, toujours Narrateur, toujours spectateur : fasciné d’abord par l’Actrice, puis à travers elle par la représentation, le lieu du théâtre, le jeu social qui l’entoure. Elle, éternelle et unique Actrice, en perpétuelle métamorphose.
Dans la recherche de ces deux corps, flanqués parfois d’esquisses d’autres corps et du corps collectif du public présent, se révèle peu à peu, non seulement ce qui nous fascine au théâtre, mais aussi ce qui nourrit plus généralement notre empathie, ce mouvement de l’âme qui nous met à la place de l’autre. Car c’est bien ce moteur fondamental de notre humanité que cultivent les acteurs dans leur travail, et que nous activons comme spectateurs pour les regarder.
Ces questions de l’expérience théâtrale, sont envisagées ici depuis un point de vue singulier : celui de la fin de l’adolescence, ce moment où l’on n’est plus un enfant, plus tout à fait un adolescent, en train de devenir un jeune adulte. Cet endroit où l’on n’est plus un « jeune public », mais pas encore sorti de l’école, ni reconnu comme un interlocuteur spécifique par les artistes ou les institutions. La réécriture et l’adaptation scénique de la Recherche sont en effet pensées et réalisées ici à partir de ce regard, cette énergie, ces questionnements. A cet effet, la création de La Berma et moi, pensée comme la première étape d’une forme plus longue, s’est présentée d’abord comme une représentation de 45 minutes, légère techniquement et facilement implantable dans les lieux les plus divers. Elle a été créée fin 2019, au bout d’une dizaine de mois alternant ateliers réguliers avec des adolescents bruxellois et louviérois, et moments de recherche/écriture laboratoire en duo actrice/metteur en scène. Cette forme courte a été plus particulièrement montrée à un public scolaire de 15 à 20 ans, dont le regard sur ces présentations a nourri la réflexion pour la suite. Une forme longue (90 minutes), en « tout public », La Berma, Rachel et moi, est depuis en dormance.
Ecriture et mise en scène: Antoine Pickels.
Jeu: Françoise Berlanger et Antoine Pickels.
Création le 28 novembre 2019, Pierre de Lune / Halles de Schaerbeek
En coproduction avec Central (La Louvière) et Pierre de Lune, centre scénique jeunes publics de Bruxelles.
Avec l’aide du Studio Thor, des Halles de Schaerbeek et du Théâtre des Doms.