Mes organes mes data (titre provisoire)

[en cours de création / production] « Mes organes mes data (titre provisoire) » ou exploration performée de l’auto-mesure avec avatars et la complicité de Ryszard Karcz.

Que révèle une exploration performée archéologique et présente du corps calculé ? Autrement dit, à quoi fait face une enquête qui décode des algorithmes intégrés aux capteurs de smartphones ou d’objets connectés et qui traduisent en données notre intimité corporelle?

Incarnant cette question en performeur cobaye de l’auto-quantification, aidé par un complice qui n’hésite pas à quitter sa régie sur scène pour le manipuler, Jacques André invite par une série d’expériences à traverser, sur la piste des bio-data, les frontières entre corps, esprit, société et environnement. Il situe d’emblée ces traversées dans un monde, y compris non-humain, truffé de capteurs, de la coquille Saint-Jacques instrumentée dans la rade de Brest à la Terre transformée par ses sondes et ses satellites en Cyber-Terre. Ce qui l’amène à relier étonnamment le souci de maîtrise du métabolisme avec la prise en compte de l’effondrement bio-climatique et les potentiels de l’IA.

Son exploration depuis plusieurs années de ces capteurs et de leurs applications, testée par des sorties de laboratoire publiques, déconstruit leur production de résultats et de scores lestés de normes sinon d’injonctions à la compétition. Elle fait surgir, à côté d’anciennes figures, de l’idéalisation -masculine- du plus ancien Canon grec au Modulor de le Corbusier jusqu’aux modèles de l’OMS ou de la NASA, ou encore de l’Homme moyen sociologique à l’homoncule neurobiologique jusqu’aux neurones artificiels, de nouveaux avatars. Le fan des technologies, l’anxieux face à leur maîtrise, le critique politique et social de leurs usages, et même le normatif adepte de servitude volontaire, sont apparus comme ses avatars, forts de leurs rôles d’influenceurs psychiques. Ces Avatars-Influenceurs sont « marionnettisés » physiquement et par écran interposé mais aussi figurés et doués d’énoncés par IA pour prendre part à la performance, face à des démarches scientifiques et artistiques. Avec eux, la performance connecte des porteurs de visions historiques, André Vésale, Adolphe Quetelet, Moshe Feldenkrais, Kate Pikett et Richard Wilkinson, avec des chercheuses ou des chercheurs actuels, en physiologie et en chronobiologie, sur le métabolisme et le stress. Elle s’aventure même à de brefs duels philosophiques, par exemple Spinoza contre Saint-Augustin quant au rapport chair-esprit ou désir-liberté…

Cette exploration incarnée dévoile comment les tentations de la reconstruction autonome de soi croisent la surveillance sociale et son économie, avec leur lot de biais et de préjugés quant au genre, aux héritages génétiques, ou aux places sociales face aux environnements subis. Et, déplaçant la question de l’obsession de la mesure idéalisée et individualisée vers la joie des différenciations des rapports au monde sensible et commun, elle débouche sur d’autres possibles imaginables quant aux corps. Sous des éclairages alliant esthétique, histoire et technologie, expériences de différentes pandémies, COVID19, mais aussi obésité, etc., un nouvel horizon émerge, entre fascination et effroi, où la prolifération de l’auto-mesure et des alternatives qu’elle provoque transforme nos représentations du corps, de l’esprit, de nos rapports sociaux et de nos perspectives de vie.

KIKK 2019 Captation

 

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