ROC Taiwan Saison 2 : Naître ou ne pas naître

Un podcast en 6 épisodes et 1 épilogue de Virginie Jortay et Muriel Couton

Le taux de natalité en berne est-il une catastrophe ? Une société avec moins d’enfants oblige à repenser le monde. Des taïwanais et français vivant à Taiwan prennent la parole.

épisode 1: le constat de la chute. A la suite de notre première saison, La singularité d’une île, nous racontons un autre Taiwan : naître ou ne pas naître ? En nous attachant non pas aux menaces habituelles (voisin chinois, typhons, tremblement de terre…) mais à celle, plus insidieuse de la chute de sa démographie. Là où les chiens ont remplacé les bébés dans les poussettes, là où le mariage n’est plus à l’honneur, là où la notion de famille se remodèle, choisissons plutôt l’utopie que la dystopie. Considérons cet archipel comme poste d’observation d’un futur possible où les habitants partagent, non sans humour, un peu de leur vie.

Episode 2: pourquoi se marier ? Dans cet épisode, nous nous penchons sur le mariage et les notions qu’il recouvre, pourquoi les gens se marient ou pas. Les femmes ne sont plus des objets de reproduction, le mariage comme seul avenir ne les satisfait plus… Mais le contrat de mariage continue d’être en défaveur de la femme. Taïwan est tiraillé entre modernité et tradition. Qui dit mariage, dit transmission du nom, et pas n’importe lequel.

épisode 3 : entre tradition et modernité. Taiwan partage une culture commune avec la Chine continentale. Elle a maintenu certaines traditions qui se sont perdues sur le continent. On pourrait presque considérer Taiwan comme un réservoir de traces confucéennes évaporées. Taiwan a évolué différemment en intégrant les cultures autochtones au récit national et en s’inspirant de leurs différences. Une autre des caractéristiques à Taiwan est d’accorder une place privilégiée au fils, de préférence aîné. Nous retrouvons cette constante, selon une intensité variable, dans la construction patriarcale qui prédomine dans le monde entier.

épisode 4 : le couple en question. Qu’est-ce qui anime les couples à faire des enfants aujourd’hui ? Quel est le rapport des femmes à la maternité ? Décryptons les nouvelles relations en cours de redéfinition entre les femmes et les hommes. Contrairement au travail, la parentalité n’est guère plus désirable. Même faire à manger n’est plus d’actualité. Si faire couple est encore envisageable à ce jour, quelle place occupent les hommes dans ce nouveau contrat social ? Plus seulement garants de la stabilité financière de la famille, ils font face à un double défi : être parent à égalité et compenser l’absence des grands parents qui longtemps ont pris soin d’élever leurs petits enfants pendant que leurs enfants travaillaient. En l’absence d’une image positive de la maternité, de pères investis et de dispositifs d’aide abordables, faire des enfants aujourd’hui est devenue mission quasi impossible.

épisode 5 : ante ou post partum ? De nombreuses taïwanaises qui viennent d’accoucher séjournent pendant un mois dans les fameux centres dits « post partum ». En Europe, qui dit post partum, dit dépression. Ici, à Taïwan, c’est une toute autre histoire. Géniale pour certaines, choquantes pour les autres. Si la clinique post partum est ‘the place to be’, tout le monde n’est pas de cet avis. Comment les femmes peuvent-elles continuer de travailler et poursuivre leur carrière si les hommes ne participent pas davantage à la vie de famille? La solution serait-elle d’employer des nounous, réaffirmant le cliché comme quoi il y aurait toujours une femme pour s’occuper des enfants ? Quelles femmes ? A quel prix ? Qu’est ce que cela raconte des politiques de migration et de la sempiternelle assignation des femmes à la domesticité ?

épisode 6 : la possibilité du choix. De la planification économique, du coût exorbitant de l’immobilier, de l’inadéquation des politiques de subvention et du techno solutionnisme, quelle place est laissée à l’amour ? Pour ceux qui en douteraient encore, le mariage est bien un contrat économique. Chez nous, l’institution peut encore paraître romantique, à Taiwan, elle est avant tout pragmatique et assumée comme telle. Calcul certes mais la famille n’est pas que contraintes. Récapitulons. Ou bien on choisit d’avoir plusieurs enfants, ce qui implique qu’on en a les moyens et l’envie. Ou bien on fait le choix de l’enfant unique et on place toutes ses billes sur lui. Sinon, on fait le choix de ne pas en avoir et de vivre sa vie avec ou sans animal domestique. Mais ce choix est-il réellement un choix ? Face au déficit des naissances, les politiques sociales mises en place par l’Etat sont insuffisantes. Les intérêts privés restent prédominants et pensent apporter des solutions innovantes car il est une fée à laquelle les taiwanais sont accros : c’est la déesse technologie, véritable croyance nationale.

épisode 7 : épilogue. Naître, ou ne pas naître ? Pour qu’une population se maintienne, son taux de fécondité doit être de 2,1 enfants par femme. A quoi ressemblera Taïwan qui atteint péniblement le seuil de 0,8 aujourd’hui ? « N’oubliez jamais qu’il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. Ces droits ne sont jamais acquis. Vous devrez rester vigilantes votre vie durant. » disait Simone de Beauvoir. Aujourd’hui à Taiwan, la liberté de cette jeune démocratie est menacée. Avec la volonté de mainmise chinoise sur le territoire, la projection dans l’avenir se floute. L’explosion du prix de l’immobilier rend quasi impossible l’achat d’un toit à soi pour accueillir les enfants induits dans le contrat du mariage confucéen. De là à dire que cette situation explique le report d’affection vers les animaux, il n’y a qu’un pas. D’ailleurs, le nombre de poussettes pour chiens a désormais dépassé celui des poussettes pour bébés.

Un grand merci à toutes les personnes qui ont rendu possible cette aventure : Anthony Belin, directeur du Lycée International Français de Taipei, le LIFT,Stellina Chen, dessinatrice de presse, Stéphane Corcuff, enseignant chercheur à l’Université de Lyon, spécialiste de Taïwan, Dorothy Hsu, responsable internationale de la clinique de fertilité Stork Jenny, enseignante de mandarin et Youtubeuse, Aurélie Kernaleguen, chargée de communication, Amélie Keyser-Verreault, chercheuse postdoc à l’Université de Tübingen, Xavier Mehl, fixeur, Frank Muyard, maître de conférences & responsable du Centre de Taipei, Ecole française d’Extrême-Orient, Aurelie Ouyang, Shao-Min Paitre, entrepreneuse, Amaury Ramier, enseignant, Charlotte Sichere, directrice marketing et présidente de l’association des parents d’élèves du LIFT, Ali Takisvilainan, puéricultrice, Lily Wen, cheffe du restaurant Dawana et anthropologue.

premier épisode mis en ligne le 22 janvier 2025

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